Ingénierie philosophique. Vers une philosophie du Web

Halpin Harry
Langue de rédaction : Français
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Bien qu’il soit généralement considéré comme le système computationnel le plus important à l’heure actuelle, le Web n’a suscité qu’une attention limitée de la philosophie, qui tend à ne voir en lui qu’un produit de l’ingénierie. Les initiatives pour faire évoluer le Web vers un Web sémantique sont également perçues avec méfiance par la plupart des philosophes, qui suspectent en elles une régression vers l’Intelligence Artificielle (IA) cartésienne. Dans cet article, je soutiens que ce point de vue largement répandu est erroné, et que le Web a le succès qu’on lui connaît parce qu’il est conçu suivant des principes qui le distinguent radicalement à la fois des systèmes hypertextuels qui l’ont précédé et des systèmes de représentation des connaissances de l’IA classique. Parce qu’il permet à différents individus d’accéder et de manipuler la même représentation, le Web incarne par ailleurs les principes de la Thèse de l’Esprit Étendu de Clark, dont il représente l’ultime étape en termes d’étayage cognitif. Cette particularité va à l’encontre du modèle cartésien de l’intelligence qui en fait une vertu individuelle, et elle constitue un défi pour le courant néo-heideggérien de l’embodiment, qui assume une forme d’anti- représentationnalisme. Prendre le Web au sérieux conduit à s’interroger sur le rôle (ou l’absence de rôle) non plus des représentations internes, mais des représentations externes. Correctement compris, le Web correspond à la création et l’évolution de représentations externes dans un espace informationnel universel. Ce processus, qui relève de ce que Berners-Lee appelle « l’ingénierie philosophique », soulève des problèmes déjà discutés par les néo-frégéens et les antiréalistes, et rejoint d’autres débats animant de longue date la philosophie.