L'esprit dans la voix

Laugier Sandra
Langue de rédaction : Français
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Le présent article examine la question de la subjectivité et du rapport à soi dans une perspective non pas épistémique, mais bien plutôt pratique et politique. L'enjeu est celui d'une réinscription du sujet dans la sphère des pratiques sociales, à travers une analyse du rapport à la communauté (au nous), qui se présente d'abord comme une communauté de langage. Dans la continuité de la relecture proposée par Stanley Cavell (dans Les Voix de la Raison) de la philosophie de Wittgenstein, il s'agit de dessiner les contours d'une « voix subjective », d'une subjectivité dans le langage, à la fois expressive d'elle-même et capable de devenir publique : une voix subjective revendiquant simultanément pour elle-même et pour la communauté, politique et linguistique, dans la sphère démocratique. Le concept d'expressivité joue dans cette perspective un rôle central pour la compréhension d'une subjectivité qui n'est plus définie par la transparence, mais bien plutôt par l'opacité à soi ; et ce concept est tout aussi crucial pour la détermination d'un possible accord des différents sujets dans la sphère politique. Ce même concept d'expressivité permet de dépasser les alternatives classiques et fourvoyantes du privé et du public, du caché et de l'observable : celles-ci sont en effet inadéquates pour rendre compte du rapport, de continuité, entre intérieur et extérieur. À travers cette réactivation des enjeux d'une philosophie du langage ordinaire, dont il est montré qu'elle ne se réduit nullement à un anti-subjectivisme, se trouve redéfinie la possibilité de concevoir un sujet qui ne soit pas un moi, et une intériorité distincte de toute sphère mentale privée et inaccessible à autrui.



Pour citer cet article :

Laugier Sandra (2015). L'esprit dans la voix. In Gillot Pascale & Garreta Guillaume (Eds), Les lieux de l’esprit, Intellectica, 70, (pp.n/a), DOI: n/a.